Tout comme le faisait Noces (injustement boudé lors des derniers Magritte), La Part sauvage s’attaque à un sujet actuel et délicat. Là où le film de Stephan Streker abordait la problématique du mariage forcé avec un regard à la fois neutre et documenté, celui de Guérin Van de Vorst essaie de saisir ce qui peut conduire de jeunes gens à embrasser le radicalisme.

Jeune père tout juste sorti de prison et tentant de se réintégrer dans la société afin de renouer avec son fils, Ben est petit à petit tenté par l’intégrisme religieux, au contact de fréquentations toxiques. Le film suit en parallèle la tentative du personnage de s’affirmer en tant que père et son embrigadement par des islamistes radicaux.

Là où le film évite tous les pièges du didactisme ou de l’amalgame sociétal, c’est qu’il penche constamment du côté humain. Si deux grands sujets sont abordés parallèlement par le film, c’est au final celui de la paternité qui finit par l’emporter, car on sent que Guérin Van de Vorst veut, plus que tout, privilégier la dignité de son personnage principal en lui permettant de se racheter de ses fautes et de ses égarements auprès de son petit garçon.

Cette belle histoire de filiation, outre la sensibilité de son auteur, doit aussi beaucoup à l’interprétation fébrile et investie d’un des acteurs français les plus intéressants du moment, l’excellent Vincent Rottiers. Même si l’on peut parfois regretter que cet acteur exigeant soit trop souvent cantonné à des rôles clichés de jeunes délinquants, et cela depuis ses débuts, on ne peut qu’être à chaque fois conquis par ses prestations, toujours empreintes d’une grande justesse.

Il faut aussi souligner la présence et le talent du jeune Simon Caudry, qui joue Samir, le fils de Ben. La belle relation de complicité qu’il tisse à l’écran avec Vincent Rottiers est la pierre angulaire du film, ce qui lui donne toute sa force.

S’il fallait pointer un petit regret, une infime réserve quant à un film globalement très réussi, ce serait le peu de place qu’y occupent les personnages féminins. Celui de la mère de Samir est très peu développé et pas vraiment à son avantage. Quant à Lucie, interprétée par Salomé Richard (une comédienne à suivre, qui portait à bout de bras le beau portrait de femme Baden Baden), elle a l’air d’abord de n’être là que pour mettre en valeur le personnage masculin par l’intérêt qu’elle lui porte. Heureusement, quelques scènes entre Vincent Rottiers, Simon Caudry et elle contribuent à étoffer quelque peu l’importance de son personnage en cours de film.

Malgré ce tout petit bémol, qui n’en est d’ailleurs pas vraiment un, on ne peut qu’être séduit par la justesse de ton qu’a trouvé Guérin Van de Vorst pour raconter cette histoire et pour développer ses personnages. On sera donc très attentif à la suite de carrière de ce jeune cinéaste prometteur.

EN BREF
Note

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