Alex Garland était dans nos petits papiers depuis le merveilleux Ex machina, qui avait redynamisé la SF d’auteur il y a de cela 4 ans. Avec Annihilation, sorti directement (et injustement ?) sur Netflix, il signe un nouveau chef d’œuvre qui confirme tout le talent de ce cinéaste prometteur. L’histoire du film peut être résumée de la sorte : une entité d’origine inconnue s’est développée sur terre et menace d’engloutir toute la planète si on ne comprend pas son fonctionnement. Un commando de 5 femmes scientifiques s’aventure alors dans la zone de quarantaine pour tenter de percer les secrets du phénomène. Rapidement, elles comprennent que leur mission sera compliquée. Ce qu’elles y découvrent remettent en perspective toutes leurs certitudes sur la vie, la mort et les mystères de l’univers…

Annihilation raconte d’abord une quête métaphysique digne des plus grands films de science-fiction. Que se passerait-il si une menace extraterrestre, même discrète, venait à surgir sur notre planète ? Comment l’humanité en serait-elle affectée ? Garland laisse planer le doute sur l’origine et le but de la mystérieuse présence plasmique. Nous savons seulement qu’elle réécrit toutes les règles de la vie biologique terrestre. Le mystère suscite la curiosité et titille l’esprit : que serait notre monde si, en effet, les règles de la vie étaient modifiées ? La perspective qu’ouvre le cinéaste est à la fois fascinante et glaçante. Le vivant ne formerait plus qu’une seule et même entité qui se modulerait en différentes ramifications complexes. L’homme pourrait être un arbre et continuer à parler. Un chien pourrait avoir des ailes. Chacun d’entre nous pourrait avoir un double, voire même plusieurs ?

Alex Garland esthétise cette recherche métaphysique, cosmologique et biologique grâce à une mise en scène féérique et stupéfiante. Certaines scènes marqueront indéniablement l’esprit de nombreux spectateurs. Nous pensons par exemple à cette vision furtive, telle une oasis perdue dans le désert, de jeunes cerfs blancs aux bois recouverts de fleurs. Ou, bien entendu, à ces magnifiques plans d’êtres humains transformés en petits bosquets, comme s’ils étaient figés dans le temps par le désastre. On pourrait y voir une figuration des grandes catastrophes de l’ère moderne, comme celle de Tchernobyl, qui a tant marqué l’imaginaire des créateurs de SF de ces trente dernières années.

Mais Annihilation raconte aussi, et surtout, une quête personnelle, une quête d’identité qui passe par l’accomplissement du deuil d’un amour perdu qui doit, en réalité, renaître. En cela, le film relie l’histoire personnelle de Lena (Nathalie Portman, parfaite comme à son habitude) et l’histoire infinie du cosmos et des mystères de l’univers. Le parallèle est évident et c’est là que se trouve indéniablement la clé pour comprendre Annihilation. Tout est une question de double. Osons cette explication : à l’image des cellules qui se dédoublent et réinventent le vivant, chaque être est lié à un autre au regard des lois mystérieuses de l’Univers. Le film chercherait alors à fait comprendre cela à Lena : son double n’est pas tant l’alien qui essaye de lui ressembler que Kane, son mari qu’elle a trompé et à qui elle doit accorder une seconde chance.

La fin du film pourrait ainsi être expliquée de ce point de vue : c’est une nouvelle chance, un nouveau départ, un deuil surmonté et la création d’une vie nouvelle où les gens destinés à être ensemble le seront pour l’éternité. Que l’entité extraterrestre soit détruite importe peu car elle a accompli son destin. Elle a transmis à Lena et à Kane les gênes d’un monde nouveau qui viendra se substituer au monde humain défaillant qui est le nôtre. En ce sens, Annihilation porte en lui un message d’amour et de paix qui, pour s’accomplir, doit passer par la terrible épreuve d’une confrontation avec l’inconnu.

 

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