Voici un film bien décevant. D’autant plus qu’il partait sous de bons auspices et que sa première partie promettait le meilleur. C’est frustrant d’assister ainsi à un film qui se délite à ce point, qui ne tient absolument pas ses promesses et surtout, qui fait preuve de malhonnêteté.

Every Day est adapté d’un livre pour adolescents écrit par David Levithan et met en scène A qui, de jour en jour, passe d’un corps à l’autre. Depuis sa naissance, cet individu dont on ne sait s’il s’agit d’une fille ou d’un garçon n’arrive pas à se stabiliser dans un corps. À l’âge de 17 ans, il fait la rencontre de Rhiannon, dont il-elle tombe instantanément amoureux-se. D’abord incrédule face à ce que A tente de lui faire comprendre petit à petit, chaque fois dans une enveloppe corporelle différente, Rhiannon finit par tomber également sous le charme de cet esprit nomade. Mais le fardeau de A implique également des responsabilités et une éthique.

La grande idée du film, ce que rend en tout cas possible l’adaptation de cette histoire au cinéma, c’est que plusieurs acteurs (une quinzaine) incarnent à tour de rôle le même personnage. C’est une configuration inédite, et qui apporte quelque chose de vertigineux à l’ensemble. L’autre donnée essentielle, c’est que le personnage de A est asexué ou sans genre. Sa relation avec Rhiannon implique donc une vision très actuelle de la sexualité des jeunes ainsi qu’une révolution des clichés de la comédie romantique. En tout cas, c’est ce qu’elle devrait impliquer. Car, passé trois quarts d’heure qui laissent augurer que cet aspect sera bel et bien tenu jusqu’au bout, Every Day s’éloigne significativement de cet horizon.

Alors que l’on pensait que Rhiannon allait vivre son histoire d’amour alternativement avec des garçons et des filles, voilà qu’on ne la voit embrasser que des garçons, et pas les plus moches. Plus grave, quand arrive enfin la scène tant attendue d’un baiser entre filles, celle-ci est coupée après à peine deux secondes d’échange, comme s’il s’agissait de la chose la plus impensable qui soit et qu’on ne pouvait pas la montrer plus longuement que ce temps très restreint. Quel dommage qu’en 2018, un film pour adolescents ne puisse pas encore montrer cela !

Et que dire du final, qui empêche Rhiannon et A de vivre leur amour sous des prétextes fallacieux, en réservant à la première une porte de sortie téléphonée et conforme aux clichés les plus éculés de la comédie romantique de bas étage, tout en oubliant complètement le-la second-e, laissé-e à son triste sort et pour qui une « happy end » est impensable, lui-elle qui n’est même pas un vrai personnage incarné…

Le plus grand péché d’Every Day est donc de nous avoir laissé croire, la moitié durant, qu’il allait bousculer les clichés et les mentalités, pour mieux rentrer dans le conformisme le plus flagrant en fin de parcours. C’est presque indigne et, en tout cas, très hypocrite !

EN BREF
Note

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