In the Fade : La Reine Diane Kruger

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Diane Kruger est une reine. On le savait depuis un moment déjà, mais In the Fade, le nouveau film du cinéaste allemand Fatih Akin, le confirme. Elle trouve ici le rôle de sa vie. Son prix d’interprétation au Festival de Cannes, totalement mérité, couronne une carrière en dent de scie qu’on imagine maintenant enfin lancée sur de nouveaux rails. Non seulement elle le mérite, mais en plus le sacrifice qu’elle a dû faire pour le rôle l’a tellement marqué que celui-ci devrait s’avérer payant dans le futur. Fatih Akin, en quelque sorte, révèle enfin le statut royal Diane Kruger.

In the Fade est un film coup de poing. Un film de vengeance porté haut la main par un réalisateur au sommet de son art et une actrice dont on se demande si elle pourra encore faire mieux. Le rapport brûlant du film à l’actualité, porté par une rage sourde, traduit un sentiment que nous pouvons tous percevoir aujourd’hui. Si In the Fade tient tout entier sur les épaules solides d’une époustouflante Diane Kruger et peut s’avérer dur, le film n’en demeure pas moins un magnifique portrait de femme engagée et vengeresse. Un film nécessaire en plein dans l’actualité !

Pitch Perfect 3 : Le chant du Cygne

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Avec Pitch Perfect 3, Les Bellas de Barden reviennent pour notre plus grand plaisir pour un ultime tour de piste ! Et qu’on se le dise, celui-ci fait figure de chant du cygne. Si le scénario laisse à désirer, et que l’humour tombe à plat une fois sur deux (comme dans le précédent opus de la saga), ce serait bête de bouder le plaisir qu’il y a à retrouver cette joyeuse bande.

En effet, le scénario ne paye pas de mine. La mise en scène, inexistante, copie pâlement les récentes comédies d’action en vogue à Hollywood. Les actrices surjouent parfois jusqu’à l’excès. Les chorégraphies déçoivent aussi un peu. Mais qu’importe, ce qui compte en premier lieu, c’est de retrouver les personnages, et c’est un argument suffisant pour aller voir Pitch Perfect 3. N’est-ce pas d’abord pour cela que nous aimons la trilogie ?

Beca, Amy la Baleine, Emily, Chloé, Aubrey, Lilly, sans oublier les joyeux lurons que sont Gail et John, les deux commentateurs. On devrait tous les citer car c’est eux qui assurent la réussite de Pitch Perfect. C’est pour eux que nous nous déplaçons au cinéma par temps de pluie. C’est eux qui émerveillent nos yeux et enchantent nos oreilles tout au long du film. Avons-nous là un exemple frappant de ce que certains appellent l’aura du cinématographe ?

Car il est bien question dans Pitch Perfect 3 d’aura et d’un chant du Cygne. Ces personnages nous abandonnent à jamais, même si pour leurs fans, ils sont en quelque sorte immortels. La scène finale du film est en ce sens bouleversante. Et on se dit alors qu’après ce bout de chemin passé aux côté des Bellas, un manque va s’installer irrémédiablement dans nos vies.

Golden Globes 2018 : Les acteurs étaient en noir

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La 75ème cérémonie des Golden Globes aura tenu toutes ses promesses. Du glamour mais aussi, et surtout, de l’engagement. Cette année était évidemment placée sous le signe de l’affaire Weinstein et de la tornade qui s’est abattue sur Hollywood. Dans un élan commun et solidaire, les acteurs et actrices qui participaient à l’événement ont tous décidé de porter du noir pour condamner la discrimination et les agressions sexuelles envers les femmes.

Les acteurs étaient donc en noir, comme s’ils voulaient enterrer une époque désormais révolue. Les 75ème Golden Globes furent donc avant tout une cérémonie funéraire. Ce geste de solidarité et de dignitié, aussi puissant soit-il, pose néanmoins question : n’y-avait-il pas d’autres moyens, autres que symboliques, pour marquer cette édition historique ? Ne pouvions-nous pas attendre une décision forte et un changement immédiat dans la réorganisation interne du système hollywoodien ?

Car dans un mois, à cette allure, plus personne ne parlera de l’affaire Weinstein, de #Balancetonporc et de #MeToo. Les grands changements attendus pourraient simplement ne pas se produire si les premiers actes se limitent à des gestes symboliques. Il faut agir, et vite, avant que l’opportunité nous échappe, avant qu’une autre tendance ne l’éclipse. La montagne, au final, aura accouché d’une souris.

« Steve Jobs » de Danny Boyle

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Dans le film Steve Jobs, réalisé par Danny Boyle, nombre de portes ouvertes sur la création semblent enfoncées. Les mêmes motifs se répètent, comme on égrène un chapelet de clichés sur le créateur et son œuvre, à différents moment de la vie du géant d’Apple incarné par Michael Fassbender.

Biopic américain oblige, le grand homme est d’abord montré comme un monstre à peu près incapable d’aimer ses amis, celle qui fut sa maîtresse, et même sa propre chair : la petite fille de Jobs ne trouvera grâce aux yeux du père que sur le tard. Travail et famille sont mis en balance, le premier étant le moyen d’oublier le second ; ou le second devant être sacrifié au premier.

Pourtant, le film brille malgré tout par de petites failles s’insinuant dans la grande mécanique du biopic et de sa répétition. Notamment, justement, par la répétition d’une querelle entre Jobs et Steve Wozniack, interprété magistralement par Seth Rogen. C’est peut-être ce que nous montre le mieux Danny Boyle : Steve Jobs est d’abord un homme-orchestre qui peine à reconnaître le talent des instrumentistes dont il use et abuse.

Car cet homme ne sait à proprement parler rien faire, si ce n’est être l’ambassadeur de la marque à la pomme. Des concepteurs comme Steve Wozniack sont les véritables exécutants de l’œuvre Apple. Peut-être que les nombreuses analogies artistiques pratiquées par Steve Jobs lors de ses présentations des produits Apple prend là son sens. Le film ne raconte que cela : celui qui tient le pinceau n’est pas toujours celui qui a les idées en peinture, tout comme le développeur n’est pas nécessairement le visionnaire qui pensera l’informatique de demain.

Rien de neuf, dira-t-on, mais on aura probablement rarement montré avec autant de force les relations d’amour et de haine entre le chef d’orchestre et son exécutant. Tout l’art des meilleurs gestionnaires de projet. Il n’est pas impossible que le plus célèbre penseur de la marque à la pomme n’en fasse pas partie. Mention spéciale à Michael Fassbender, dont la ressemblance avec Steve Jobs est pour le moins troublante…

Cate Blanchett, présidente du Festival de Cannes : une décision logique.

Nous attendions cette désignation d’un pied ferme. Habitué des polémiques, le festival de Cannes était attendu au tournant après les terribles affaires qui ont secoué le monde du cinéma en 2017. Et il faut dire que Thierry Frémaux et sa bande ne nous ont pas déçu : c’est bien une femme, et non des moindres, qui présidera le festival en mai prochain. Une décision politique forte et dans l’air du temps.

Cette femme, cette immense femme, n’est autre que Cate Blanchett. Une évidence. Une évidence pour les cinéphiles mais peut-être pas pour le grand public, qui ne l’a connait pas forcément encore très bien. Pourtant, son talent comme sa grâce sont immense, et nous sommes sûrs qu’elle éblouira la croisette de mille feux, tant par sa beauté, inégalable, que par son talent et son intelligence.

Cette femme est une femme d’exception. Elle n’aura pas volé sa place et personne ne la lui retirera à coup de menaces ou d’injustices. Et dire que la plupart des présidents du Festival de Cannes ont été des hommes. Place aux femmes, maintenant ! Ne faudrait-il pas tout simplement instaurer une règle qui voudrait qu’une année sur deux, une femme soit désignée présidente du jury ?

Beaucoup critiqué par le passé pour l’absence de réalisatrices en compétition, Thierry Frémaux montre enfin son vrai visage. Son courage doit être salué. L’homme, au fond, a toujours accompagné discrètement le combat des femmes pour la reconnaissance. Il le prouve ici avec cette décision magistrale.

Quoi qu’il en soit, ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan. Le combat pour la reconnaissance des femmes dans le milieu du cinéma ne fait que commencer.