Bitter Flowers, le premier film d’Olivier Meys, est un nouveau joyau du cinéma belge. Du cinéma comme seuls nous, les « petits belges », pouvons le faire. C’est-à-dire un cinéma à la fois engagé, émotionnellement fort et non dénué de poésie. L’histoire de ce film bouleversant est simple : Lina, mère chinoise d’un jeune garçon de six ans, veut offrir une meilleure vie à sa famille. Pour cela, elle s’endette auprès de « passeurs » pour aller gagner beaucoup d’argent en Europe. Elle débarque alors à Paris dans l’espoir de gagner 2000 € par mois (une fortune en Chine) en tant que nourrice dans des familles chinoises aisées. Sauf que la réalité est toute autre et les salaires dérisoires. A contre cœur, et après une rencontre d’autres exilées comme elle, elle commence à se prostituer…

Bitter Flowers plonge ainsi dans le milieu méconnu de la prostitution des femmes chinoises à Paris. Celle-ci a pignon sur rue, car il est fréquent de croiser ces femmes qui vendent leurs corps sur les grands boulevards de la capitale. Un reportage de l’excellent magazine d’investigation Envoyé Spécial avait d’ailleurs révélé le problème il y a quelques années. Nul doute qu’Olivier Meys l’a vu, et il s’est posé des questions de cinéaste : qui sont ces femmes ? Comment en sont-elles arrivées là ? Quels sont leurs rêves et leurs espoirs ? Comment vivent-elle leur situation et la prostitution elle-même ?

Grâce à un remarquable travail de recherche, Olivier Meys fournit des réponses convaincantes à ces questions. Avec dignité, il dresse le portrait d’une femme courageuse prête à tout pour assurer un avenir radieux à sa famille. Et il le fait avec talent, sensibilité et, surtout, sans jamais juger les personnages. Ces femmes ont leurs moments de joie et de tristesse. La vie n’est pas facile tous les jours, mais leur belle solidarité les aide à surmonter ces horribles épreuves. Derrière ce constat doux-amer, Olivier Meys distille une critique habile du culte de l’argent et du consumérisme. Pourquoi Lina, qui mène une vie trop modeste à son goût, en veut-elle plus ? Pourquoi prendre un tel risque au détriment du bonheur de sa famille ? C’est le grand drame du libéralisme moderne : mener des hommes et des femmes à leur perte pour un meilleur confort matériel.

Bitter Flowers d’Olivier Meys est donc un superbe portrait de femme, une critique ouverte du pouvoir de l’argent et une charge discrète, mais très incisive, contre le libéralisme économique qui détruit des millions de vie à travers le monde. Olivier Meys est indiscutablement un cinéaste à suivre. Et notre petit doigt nous dit qu’on le retrouvera très certainement en février 2019 lors de la prochaine cérémonie des Magritte du cinéma !

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