La 8ème cérémonie des Magritte du cinéma se tenait ce samedi 3 février à Bruxelles. Ce rendez-vous désormais incontournable du cinéma belge a livré un palmarès résolument politique en couronnant le magnifique film de Philippe Van Leeuw, Insyriated. Un choix logique au vu de l’actualité déplorable qui secoue la Belgique depuis plusieurs semaines. Ce que n’a pas manqué de nous rappeler avec humour (et talent) deux des grands animateurs de la soirée, les géniaux Fabrizio Rongione et Alex Vizorek.

En attaquant ouvertement les politiciens venus en nombre à la soirée, Rongione a donné le ton. Il s’est mué, le temps d’une soirée, en porte drapeau du cinéma belge. Car il est clair que son propos est aussi celui d’une majorité des acteurs du milieu. Beaucoup d’entre eux, à l’instar d’autres membres des secteurs culturels belges, ont continuellement affiché leur soutien aux réfugiés ces dernières semaines. Le choix de Rongione était déjà en soi un acte politique. Sa prestation, parfaite, aura marqué les esprits et laisse présager d’un futur radieux pour l’acteur qui, il y a quelques jours encore, dans l’émission Hep Taxi de Jérôme Colin, avouait avoir du mal à trouver des rôles.

Un autre grand moment de la soirée fût la remise d’un Magritte d’honneur à Sandrine Bonnaire par l’excellent Hugues Dayez. Très émue, elle remercia l’académie avec un discours rempli de dignité. On ne peut que louer pareil geste. Récompenser une actrice aussi importante est une marque de respect autant qu’une forme d’accueil : on apprend en effet que Sandrine Bonnaire tournera chez nous son prochain film en tant que réalisatrice avec Isabelle de Hertogh, elle aussi très émue lors de la remise du prix.

Outre la déferlante d’excellentes vannes et la rafle de prix logique d’Insyriated, nous aurons une pensée pour Stephan Streker et Abel & Gordon. Le premier est clairement le grand perdant de la soirée, lui qui était pointé comme le grand favori. Son très beau Noces repart donc bredouille alors qu’il aurait mérité beaucoup plus de prix. Quant à Abel & Gordon, les deux poètes les plus singuliers que le cinéma belge compte acutellement, ils ont été complètement oubliés. C’est d’autant plus triste que Paris pieds nus est leur plus beau film. Le prix du meilleur acteur n’aurait-il pas dû être remis à François Damiens, impeccable dans Ôtez-moi d’un doute ? A l’instar de Benoît Poelvoorde, victime de son image de comique, il ne remportera peut-être jamais de récompense majeure en tant qu’acteur.

Les Magritte ont peut-être franchi un cap. Cette 8ème édition est une réussite totale qui aura marqué les esprits. De quoi réconcilier, enfin, le cinéma belge avec son public ?

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